Raphaëlle Covilette (Kokoroe) : Il faut faire preuve d’humilité, d’empathie et de prise de recul constante.

Raphaëlle Covilette (Kokoroe) : Il faut faire preuve d’humilité, d’empathie et de prise de recul constante.

Propos recueillis par Marie-Laure Fraux
Publié le 03-06-2020


Confinement, télétravail généralisé, digitalisation, bouleversent les codes de l'apprentissage et de la formation. En première ligne les Edtech et la start-up KOKOROE, spécialisée dans la formation professionnelle en ligne, qui a vu sa croissance augmenter de 30% ces dernières semaines. S'adapter, s'engager, se développer, Raphaëlle Covilette CEO et co-fondatrice nous livre sa vision et ses conseils d'entrepreneur.

Comment cette crise a interrogé votre activité et qu’avez-vous développé pour répondre à cette nouvelle demande ?

Cette crise, par son ampleur inédite, vient interroger nos façons de vivre et d’être au monde. Elle a précipité la digitalisation des entreprises et la bascule de certaines pratiques, parmi lesquelles le télétravail et l’e-learning. Durant cette période, Kokoroe a enregistré une croissance de 30% de ses formations en ligne, preuve de l’engouement.

Durant cette période, nous avons pris le parti de mener une série d’actions à impact positif. Par exemple, en partenariat avec le Ministère du Travail, nous avons mis à disposition une dizaine de formations gratuites sur les thématiques du télétravail, du management à distance, du bien-être, etc.. Ces formations gratuites ont permis aux DRH et Directeurs learning d’assurer la continuité pédagogique et de former leurs équipes sur des thématiques clés.

Conscient du caractère inédit de la situation, nous avons également lancé le podcast #HackingHR pour permettre à la communauté RH de partager ses bonnes pratiques durant cette période. Sont passés au micro de Kokoroe plus d’une dizaine de DRH, Directeur learning et équipe RH, comme Carine Noémie d’AG2R, Alexia de Monterno de Mérieux, Juliette Couaillier d’Havas, Brice Villuendas de Canal+, Thomas Bucaille de Petit Bateau, Anne Sophie Curet DRH de JLL, Jean-François Ode d’Aviva... Tous attestent de la digitalisation accélérée du monde de l’entreprise et considèrent à présent que l’e-learning a de beaux jours devant lui.

Au-delà des mots, les actes. Vous êtes engagés dans une politique de développement responsable. En quoi consiste cette politique ? Pourquoi un tel engagement ?

Chez Kokoroe, nous considérons que la formation a une vocation sociale, avant tout, qui vise à permettre à chacun de grandir, se réinventer ou retrouver un emploi. Nous menons donc de nombreuses actions pour permettre aux plus éloignés de l’emploi de se réintégrer :

- Nous avons signé un partenariat avec Pôle Emploi pour former les 3,4Millions de chômeurs sur la plateforme Kokoroe
- Nous avons développé des formations à impact avec des associations engagées, comme Zéro Waste, Femmes du numériques, Fake off...
- Nous avons signé un partenariat avec French Tech Grand Paris pour former les réfugiés sur notre plateforme
- Nous organisons chaque année le Future of Work & Inclusive Summit, un événement qui fédère l’écosystème de la diversité

Cette mission sociale et sociétale nous nourrit au quotidien et guide nos actions. C’est la raison pour laquelle, Elise, Béatrice et moi avons décidé de quitter nos jobs pour créer du sens et apporter de la valeur à la société.

Vous avez aujourd’hui quelques années d’expérience, avec le recul quel a été le moment le plus difficile dans votre parcours ? Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux entrepreneurs en ces temps difficiles ?

Nous avons créé Kokoroe, il y a quelques années maintenant. Le plus difficile a été, de loin, le pivot que nous avons opéré il y a 3 ans pour passer d’une plateforme de mise en relation élèves/ professeurs à une plateforme de formation en ligne avec des contenus fun, ludique et dans l’ère du temps.
La prise de recul, l’adaptation au marché doit être constante chez un entrepreneur. C’est cela qui est le plus difficile à opérer au quotidien... il n’y a pas de certitudes.
Aujourd’hui plus que jamais, la crise du coronavirus rebat les cartes d’un nouvel ordre mondial. Là encore nous devons nous adapter, pivoter, être à l’écoute des signaux forts ou faibles. Il faut faire preuve d’humilité, d’empathie et de prise de recul constante.  

La trésorerie et les délais de paiement sont au cœur des enjeux des start-ups. Quel regard portez-vous sur ce sujet ?

Depuis notre pivot il y a 3 ans, nous n’avons pas connu de problèmes de trésorerie. Notre business model et notre structure de coût nous permettent d’assurer notre propre croissance. En revanche, cela n’a pas été le cas avec notre précédent model de mise en relation élèves/professeurs.
Nous connaissons donc bien les écueils à éviter.
Trop de startups misent exclusivement sur les levées de fond pour développer leur croissance et ne sont pas dans une logique de pilotage serré du P&L. C’est risqué. Lorsque les fonds ne les suivent plus, elles déposent le bilan. Avec la crise du coronavirus, les investisseurs et les startups vont chercher davantage la rentabilité. .